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Carlana Mezzalira Pentimalli

Arche de Noé . Fribourg

Carlana Mezzalira Pentimalli . Arche de Noé . Fribourg afasia (1)

Carlana Mezzalira Pentimalli

L’expression des lieux et l’importance du vide urbain

 

L’Arche de Noé est avant tout un projet urbain.
Construire un bâtiment, cela veut inévitablement dire construire une partie de la ville, et pour ce faire il est crucial d’en comprendre les dynamiques, l’histoire passée et présente, les personnes qui y vivent. Le projet proposé s’appuie sur l’idée que l’espace public peut représenter une véritable opportunité de reconfigurer une zone de la ville, en lui donnant un nouveau caractère et en concevant une nouvelle manière de la vivre. L’intervention pour la réalisation du nouveau Musée d’histoire naturelle de Fribourg envisage la construction d’un lieu.

La poursuite de cet objectif est possible grâce à la volonté d’insérer tous les espaces nécessaires aux nouvelles exigences du musée sur les lieux de l’Arsenal, en transformant sa capacité par l’agrandissement du bâtiment même, sans toutefois dénaturer la mémoire historique du bâtiment antique. L’histoire de la ville nous enseigne que depuis toujours la récupération et la transformation sont des acceptions positives de l’évolution des lieux. La surélévation est conçue avec une volumétrie qui prend en considération les formes archaïques des toitures à forte pente, caractéristiques de la ville de Fribourg: des éléments particuliers qui en définissent l’identité, le caractère et l’unicité. Comme résultat final, une construction et un lieu qui deviennent le nouveau centre de la vie urbaine ainsi qu’un point de référence grâce à la nouvelle image acquise par le musée. L’espace compris entre l’ancien Arsenal et les nouvelles interventions sur le côté nord du site se présente comme une zone libre et devient ainsi une opportunité pour construire et donner vie à un ensemble de nouvelles habitudes sociales, qui reprennent celles qui historiquement sont déjà présentes dans la ville. Un plan incliné continu relie la voie de la mobilité douce à l’ouest et la route des Arsenaux, garantissant un connexion accessible aux différentes cotes altimétriques de l’espace de projet et des bâtiments qui y sont construits. C’est sur cette nouvelle scène publique que l’on trouve les acteurs qui contribuent à déclencher des nouvelles interactions à l’intérieur du site et avec la ville même: le musée, les espaces extérieurs, la voie verte, la route et la zone au nord vibrent à l’unisson et créent un domaine de la culture en continuité avec la ville existante, tout en garantissant des vastes possibilités pour l’expansion future du musée. La géométrie atypique à forte pente de la surélévation et l’effet géométrique et décoratif en bas-relief du revêtement du toit contribuent à apporter une forte identité à la nouvelle construction, en lui donnant une certaine ambiguïté, qui est à la fois une image abstraite et reconnaissable ainsi qu’une évocation subliminale des contenus organiques d’un musée d’histoire naturelle. Le dialogue silencieux entre le contemporain et l’antique se compose de phrases murmurées, qui permettent au nouveau bâtiment d’apparaître comme un ouvrage d’art qui se trouvait dans ce lieu depuis des temps immémoriaux.

Espèces d’espaces (Georges Perec)

Un musée d’histoire naturelle contemporain doit être flexible, présenter une hétérogénéité claire dans ses espaces internes et être facilement reconnaissable par le public qui en fait l’expérience. Il représente pour la ville qui l’accueille une institution importante et un moment de richesse culturelle. Cette richesse doit être soutenue par une intervention tout aussi précieuse, où le luxe de l’édifice n’est pas représenté par son coût mais plutôt par la grande capacité de l’ouvrage même (et des espaces extérieurs adjacents) à se transformer au fil du temps. En analysant les caractéristiques matérielles, constructives et spatiales du bâtiment de l’Arsenal, il est difficile de ne pas remarquer la beauté et la forte identité des espaces internes, qui se caractérisent par la répétition des éléments structurels en bois. Ceux-ci délimitent des espaces géométriques simples, dont la perception est articulée à travers leur propre développement tridimensionnel. La «fabrique » existante devient la graine qui permet la germination d’un projet à l’identité contemporaine forte: une intervention qui cherche à répondre aux nouvelles exigences fonctionnelles et à mettre en valeur l’espace existant, en sublimant son caractère et en l’enrichissant à travers la réalisation de nouveaux espaces en symbiose avec les parties existantes. La matrice identitaire existante, représentée par des piliers avec jambes de contreventement tridimensionnelles, est portée au niveau de la surélévation, en se dilatant dans un nouvel espace à double hauteur. Par ailleurs, à l’étage inférieur, les salles des expositions temporaires se trouvent dans un espace nouveau, caractérisé par un plafond avec poutres rabaissées à section variable. Il ne s’agit donc pas d’une nouvelle identité, mais plutôt d’une interprétation de ce qui existe déjà et qui doit trouver une nouvelle vie à l’aide du réaménagement prévu. Comme dans l’enveloppe externe, également dans l’espace interne le projet veut révéler pour le nouveau musée une image claire et identifiable, qui se réalise grâce à la définition d’un système structurel en continuité naturelle par rapport au précédent. Le résultat est une multitude de types d’espaces: identitaires, flexibles, clairement reconnaissables, à la fois éclectiques et symbiotiques. Comme s’il s’agissait des différents membres d’une même famille.

Flexibilité et hiérarchie du programme fonctionnel

L’organisation fonctionnelle au sein du musée joue un rôle crucial dans le fonctionnement de ce dernier. Le projet propose une stratégie de disposition des différents espaces basée sur une subdivision claire des salles, selon un emplacement et une identification efficaces, liés également à la perception de l’architecture. L’orientation du visiteur est l’élément prioritaire et indispensable de cet aspect: il doit être immédiat et débute dès l’arrivée, dans une vision continue entre espaces extérieurs et intérieurs. L’accès au nouveau Musée d’histoire naturelle se fait au rez-de-chaussée inférieur, à proximité de la route, afin qu’il soit facilement repérable et accessible. Une fois à l’intérieur, on trouve toutes les activités liées à la zone d’accueil, qui est conçue selon une relation directe avec les espaces et les activités extérieures. Les espaces d’exposition sont clairement divisés entre salles temporaires (à proximité du foyer, étant donné l’intermittence de leur fonctionnement et leur installation) et salles permanentes (qui se trouvent au deuxième et au troisième étage). Toujours à proximité de l’entrée, un escalier triomphal identifie clairement le parcours du visiteur aux étages supérieurs, grâce à ses remarquables dimensions et à ses caractéristiques géométriques. Les activités administratives et les locaux de service sont conçues dans des compartiments autonomes mais en continuité physique entre eux. De cette manière, il est possible de faciliter l’utilisation des espaces communs situés de manière barycentrique. L’accès à ces locaux techniques se fait par un système de distribution verticale spécial et indépendant, placé à l’ouest de l’édifice. Il est donc possible d’avoir une séparation nette des fluxes entre visiteurs et employés du musée, sans pour autant diviser ces deux univers, qui ainsi peuvent coexister de maniüre efficace. Le flux des œuvres à l’intérieur du musée est géré par l’entrée de service, située au rez-de-chaussée supérieur, à l’angle sud-ouest de l’édifice. D’ici, grâce à un positionnement précis des monte-charges, l’accès à tous les étages du bâtiment est garanti pour la distribution des œuvres, que ce soit dans les ateliers et laboratoires ou dans les salles temporaires et permanentes. Par ailleurs, l’exposition solaire a fait l’objet d’une grande attention dans le choix de l’organisation fonctionnelle: en particulier la solution suivie envisage que toutes les pièces ayant besoin de la lumière naturelle soient positionnées dans les zones périmétriques, bénéficiant ainsi d’un éclairage adéquat. Les locaux de services (entrepôts, dépôts, toilettes, etc.) se trouvent dans la partie centrale de l’édifice, sans éclairage naturel. À l’exception des noyaux de distribution verticale, toutes les cloisons de séparation n’ont aucune fonction portante, garantissant ainsi la flexibilité de l’organisation fonctionnelle dans le temps.

Concept statique

Agir sur une structure existante, c’est en comprendre le fonctionnement statique, mais également l’image spatiale qui en découle inévitablement: structure et architecture correspondent. L’intervention sur l’édifice de l’Arsenal prévoit une surélévation comme s’il s’agissait d’un prolongement naturel du bâtiment qui se développe vers le haut. Une sorte de « greffe » qui fait naître un dialogue spontané et silencieux entre ce qui était et ce qui sera ajouté. Les murs extérieurs sont consolidés et une nouvelle contre-cloison en béton armé est réalisée à l’intérieur afin de soutenir le nouveau plan de toiture. La surélévation est réalisée entièrement en bois avec structure à caissons et jambes de force qui distribuent les poids sur la cloison sous-jacente en béton armé, contribuant ainsi à réduire la travée de la partie de toiture horizontale, tout en définissant un système d’espaces élaboré. Les planchers existants en bois sont renforcés avec de nouvelles poutres afin de doubler la charpente secondaire ; un plancher collaborant en béton armé permet d’augmenter la résistance des planchers, afin de supporter les nouvelles exigences en termes de charges jusqu’à 12 kN/m². Un nouveau sous-sol en béton armé, avec des poutres à section variable, est réalisé à sud-ouest afin d’accueillir les salles temporaires ayant une hauteur libre minimale de 5 m. Les éléments de distribution verticale sont insérés à l’intérieur de deux noyaux en béton armé, disposés de manière barycentrique.
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Arche de Noé
Natural History Museum, Fribourg, Switzerland, (7th Prize)

Architects:
Carlana Mezzalira Pentimalli
Michel Carlana, Luca Mezzalira, Curzio Pentimalli

Collaborators:
Alessio Oliviero, Giulia Maida, Nicola Puppin

Engineering:
Pini Swiss